01. Être mêlée…2
- Hazelle Di Crollalanza

- 5월 13일
- 3분 분량
Et puis, comme après le premier jour, on m’avait encore remis une enveloppe contenant les mêmes 300 000 wons, il fallait bien que je revienne pour les rendre ; d’une certaine façon, sa réponse tombait juste.
Lors de ma première visite, la mère m’avait demandé combien je prenais pour les cours.
Intimidée, j’avais répondu maladroitement trente, au lieu des quarante mille wons que je demandais habituellement.
Mais lors de ma deuxième visite, j’ai compris qu’il y avait eu un malentendu.
La mère, toujours occupée, donnait généralement à l’avance des consignes à la femme de maison pour préparer quelque chose à manger pendant le cours.
Or cette dernière apportait systématiquement les collations… ainsi qu’une enveloppe contenant 300 000 wons.
J’avais donc essayé de rendre toutes les enveloppes, sauf celle reçue le jour où la mère était présente.
Je pensais qu’elle avait sans doute compris par erreur que c’était 300 000 wons par mois.
Mais elle refusa avec un geste ferme, presque impérieux, comme pour faire passer clairement sa volonté, puis elle dit :
— Mais enfin voyons ! À 300 000 wons par mois, aucun professeur ne tiendrait un mois entier avec lui. Et ensuite, c’est presque impossible d’en retrouver un autre…Et puis, avec vous, au moins, il parle. Alors gardez-les, je vous en prie.
Je pense encore aujourd’hui qu’elle était une mère profondément avisée.
J’ai compris bien plus tard, une fois devenue mère moi-même, qu’une mère véritablement lucide est celle qui sait regarder son propre enfant avec le plus d’objectivité possible.
Lorsqu’on reçoit une rémunération qui paraît presque excessive, à condition de rester dans les limites du raisonnable, on finit inévitablement par déployer sans réserve ses capacités et sa sincérité.
À partir du moment où je me suis retrouvée à recevoir quatre fois plus que ce que j’avais initialement envisagé, une situation assez pathétique s’est installée : je consacrais davantage d’énergie aux examens de fin de semestre de mon élève qu’à mes propres examens universitaires.
Rien n’est jamais gratuit en ce monde.
Alors j’ai fait tout ce que j’ai pu pour être à la hauteur de ce que je recevais.
Je l’ai amadoué, poussé, travaillé presque avec acharnement, jusqu’à le faire entrer dans cette fameuse université de Séoul que l’on disait si difficile d’accès.
Et pas n’importe laquelle : une de ces universités qu’on appelle volontiers prestigieuses.
Le jour de son admission, j’étais si bouleversée que je me souviens avoir fondu en larmes, assise en tailleur sur le plancher d’un vieux bistrot traditionnel à Sinchon.
Tout me revenait d’un coup :
ses insolences interminables,
mes humiliations avalées au nom de l’argent,
la sensation d’avoir jeté ma fierté dans le fleuve Han River pour devenir esclave de l’argent.
Puis j’avais repris mes esprits :
Non… grâce à lui, j’ai quand même pu m’acheter un manteau en mouton retourné… et un portefeuille Louis Vuitton…
Il existait bien sûr des maisons où l’aisance semblait naturelle.
Mais comme je l’ai dit, il y avait aussi, de manière inattendue, des maisons devant lesquelles on se demandait sincèrement :
Comment peuvent-ils seulement payer des cours particuliers ici ?
Et justement, je vais parler de celle qui, dans cette catégorie, occupait la première place.
Cette maison se trouvait dans un quartier près de Itaewon, un endroit où je n’étais encore jamais allée.
À vrai dire, j’étais tellement persuadée qu’il n’existait aucun quartier de Séoul inaccessible en bus ou en métro depuis mon université que je n’avais même pas pris la peine de demander le chemin à celle qui me précédait.
Quand j’y repense, j’étais vraiment une fille de province : même en vivant à Séoul, je ne fréquentais que les quartiers que je connaissais déjà.
Comme mes cours particuliers se passaient surtout dans les quartiers riches du nord ou du sud de la ville, ces enclaves bourgeoises, souvent inconnues du commun des gens, m’étaient devenues étrangement familières.
Je me souviens qu’Itaewon était un endroit un peu compliqué à rejoindre depuis l’université, même en bus, et guère plus simple en métro.
À vrai dire, nos sorties se limitaient presque toujours à Hongdae, Sinchon ou Gangnam ; ainsi, même si c’était bien Séoul, Itaewon restait pour moi une sorte de territoire inconnu.
J’y allais presque avec cette pensée naïve :
Est-ce qu’on voit vraiment beaucoup d’étrangers là-bas ?
Mais pour atteindre cette maison, il fallut changer deux fois de bus, puis encore prendre un petit bus de quartier.
C’était littéralement un autre monde.
À vrai dire, il était presque naturel que, dès cette première visite, je commence déjà à me dire :
Non… ça ne va pas le faire.
Les cours particuliers ne manquaient pas à ce point-là, alors accepter un cours qui exigeait autant d’efforts de déplacement relevait presque de l’absurde.
D’autant plus que j’ai toujours eu un sens de l’orientation catastrophique.
À l’époque, il n’y avait même pas encore de téléphone portable ; quand j’y repense, le simple fait d’avoir trouvé cette maison du premier coup tient presque du miracle.
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